Rottweiler Bullterrier Staffordshire Boxer D.bordeaux Dobermann Mastiff Bullmastiff Mâtin de Naples


Histoire de la race
    Le dogue de Bordeaux est un chien qui possède les caractéristiques d'un athlète ; prestance, force physique, agilité et endurance.
     Sa structure physique peut être comparée à celle d'un athlète pratiquant la lutte gréco-romaine ou d'un boxeur.
     La puissance plastique de sa musculature attire l'attention, et son expression sérieuse, courroucée, avec son œil attentif et son regard inaccessible aux inconnus, inspire un grand respect et une crainte révérencielle.

Pourtant, sous cet aspect, se cache un tempérament tranquille, surtout chez les exemplaires d'aujourd'hui, et, si parfois il se montre méfiant, il est loin d'être mal disposé envers son environnement. Conscient de sa force physique il est en effet tolérant, et il sait être un excellent compagnon pour tous les membres de la famille qui l'a adopté.
Par nature, il est propre, discret et peu envahissant ; tout comme les autres molossoïdes , il aboie très peu et seulement lorsque c'est nécessaire, et son plus grand désir est de partager son temps avec son maître, envers lequel il fait preuve d'une affection dévouée et d'un amour désintéressé.
Son histoire est très ancienne, et ressemble à celle des autres molossoïdes..

La zone d'origine

Par tradition , la zone d'origine du Dogue de Bordeaux est située dans le bassin aquitain, entre la ville de Bordeaux, la zone des Pyrénées et la partie méridionale de la France qui va de Tarbes à Toulouse (Midi). La civilisation gréco-romaine et les marchands phéniciens avaient fait connaître et avaient diffusé dans plusieurs endroits de l'Europe un chien aux caractéristiques molossoïdes originaire d'Asie, ainsi que nous pouvons le déduire en observant différents restes archéologiques, comme par exemple le bas -relief de Ninive (850 av. J.C.), conservé au British Museum de Londres, ou la planche sumérienne de Crète, conservée au Musée de Chicago (deuxième millénaire av. J.C.) qui repésente une chienne aux caractéristiques molossoides incontestables qui nourrit ses chiots, ou encore une statuette sumérienne découverte à Lagash et conservée au Musée du Louvre.
Au 1er siècle avant J.C., Varron mentionne un molosse à la mâchoire forte et prognathe, ce qui est une caractéristique de notre Dogue. Les invasions barbares et, notamment, celle des Alains qui eurent lieu en France et en Espagne à la fin du Ive siècle ap. J.C., ainsi que les incursions des Normands en France à partir du Vie siècle ap. J.C., peuvent avoir contribué à la formation de la souche d'origine du chien d'aujourd'hui.
On doit très vraisemblablement aux Alains les termes alaunt, alan, alande, alant, alaune, allan, probablement d'origine celte, employés pour désigner un chien de grosse taille aux caractéristiques molossoîdes.
Cette population, peut-être d'origine persane, s'installa dans la Sarmatie méridionale entre la mer d'Azov (marais Méotide) et le Caucase, et arriva en suite, sous la poussée des Huns, dans l'Europe centrale et dans la péninsule ibérique . Leur origine persane nous ramène à la terre où ont été découvertes les traces du mâtin assyro-babylonien.
On peut donc supposer que ce chien faisait partie du cheptel et des autres animaux domestiques qu'ils avaient .amenés avec eux, dans leur migration.
C'est en France que l'on a repéré la première trace historique du terme alan , à la bibliothèque Mazarine, dans un manuscrit de 1387 au chapitre 21. Il s'agit du Livre de chasse ,un écrit sur l'art de la chasse de Gaston Phoebus, comte de Foix, ancien chef-lieu de l'actuel département de l'Ariège, qui a vécu au XVe siècle. Il est intéressant de remarquer qu'on retrouve, à la même époque, le terme alaunt, dans un ouvrage anglais intitulé Master of Game ,écrit entre 1406 et 1413 par Edmond de Langlej, duc de York. Dans leurs traités sur l'art de la .chasse les deux auteurs divisent les alaunt en trois catégories :

  • alaunt gentil ;
  • alaunt veautre ;
  • alaunt de boucherie.

    Les alaunt gentil ressemblaient, à cause de leur structure plus légère, à de grands lévriers ;
    les alaunt veautre à des chiens de grande taille, toujours du type lévrier, mais avec de grosses têtes, de grosses lèvres et de grandes oreilles (très probablement le lévrier des cours médiévales) ; les alaunt de boucherie ressemblaient à de véritables molosses, destinés aux combats et utilisés généralement par ceux . qui possédaient du bétail. On peut donc croire que l'alaunt veautre et l'alaunt de boucherie sont à la base du mélange génétique qui a donné naissance au Dogue d'aujourd'hui.


L'explication, donnée dans le dictionnaire français-anglais de Cotgrave de 1632, de l'expression allan de boucherie, confirme ) notre déduction : <Il ressemble à notre mâtin, et il est utilisé par les bouchers pour dompter les bœufs affolés et les ramener à leurs places.>
On retrouve donc chez l'alaunt les traits caractéristiques des molossoïdes, tels la tête volumineuse, le museau court, épais et carré, un grand courage et une technique de combat qui consiste à mordre en ne lâchant pas prise même lorsqu'il est traîné ou soulevé de terre.
A mon avis, l'influence normande peut aussi s'être ajoutée au patrimoine génétique de cette race. Parmi les nombreuses.hypothèses étymologiques formulées pour le terme anglais mastiff
Qui désigne le mâtin national, on en trouve une qui .nous mène aux Normands : ce terme dériverait du mot mastin (devenu, en français moderne, mâtin)employé aussi bien en Espagne que dans le Massif armoricain pour indiquer un chien aux caractéristiques molossoïdes.
Nous savons aussi que ce furent les Normands qui introduisirent, dans les terres où ils arrivaient en conquérants, la coutume d'élever des taureaux, des ours, des chevaux et d'autres animaux pour les utiliser ensuite dans des combats avec leurs molosses. Cette population, originaire du Nord de l'Europe, habita la péninsule scandinave et le Danemark et avait eu des contacts, en naviguant sur les fleuves de la Russie et des terres asiatiques, avec des populations tartares. La Sarmatie, deuxième patrie des Alains avant qu'ils n'arrivent en Europe, était également appelée <Petite Tartarie>
Dans un ouvrage intitulé Le parfait Chasseur allemand,.édité à Lipsia en 1719, on trouve une description de ces chiens et ces indications sur leurs origines : <On pense que ces races sont originaires de la Moscovie et je suis convaincu qu'ils descendent de chiens de race tartare ou d'autres races féroces.> Sous le nom de Tartarie on comprenait aussi, alors, les régions russes de la mer Noire et celles du sous-Caucase
Buffon aussi cite, en 1735, parmi les .chiens les plus forts et les plus gros, les chiens de Tartarie, d'Epire et d'Albanie. Les Tartares étaient un groupe ethnique hétérogène qui réuni par le chef mongol Gengis Khan, fut conduit à la conquête de presque toute l'Asie et de l'Europe orientale. Marco Polo raconte qu'ils possédaient de gros hiens employés en meutes pour la chasse de gros animaux. Je crois qu'ils faut .reconnaître aux Normands d'avoir réintroduit, par d'autres voies, et diffusé ce genre de molossoïdes, capables de combattre avec des animaux de grande taille. Il est probable qu'ils aient été croisés avec les descendants de souches d'ancienne origine phénicienne ou gréco-romaine, donnant naissance , dans différentes zones géographiques, aux races européennes que nous connaissons aujourd'hui.
Guidés par Guillaume le Conquérant (1068-1135), les Normands occupèrent l'Angleterre et, à travers une politique fondée aussi sur les mariages, ils élargirent leur influence sur la Normandie, la Bretagne, l'Aquitaine et la Gascogne. Ce qui contribua à mélanger les cultures et les traditions celtiques normandes. Y eut-il également un échange de chiens ?

La célèbre défense de la Ville corsaire de Saint-Malo fut-elle confiée à des Dogues originaires de France ou provenant d'Angleterre ? C'est une question qui reste sans réponse. Il est toutefois certain que .les chiens étaient choisis selon leur degré .d'adaptabilité aux fonctions requises : le gardiennage, la chasse, le combat ; et qu'ils étaient sélectionnés pour leur courage, leur ténacité, leur endurance et leur force physique, indépendamment du lieu d'origine.


La ville de Bordeaux, occupée par les Anglais (.descendants des Normands de Guillaume le Conquérant), entre le XIIe et le XIVe siècle, a sûrement été aussi témoin de la coutume de faire combattre des molosses avec d'autres animaux. De plus, le naturaliste français Buffon mentionne, au XVIIIe siècle, Dogue, l'estimant originaire d'Angleterre. En revanche, Kustler, dans ses études sur cette race, affirme qu'elle est génétiquement très proche du Dogue de Burgos : ceci à cause des croisements fréquents entre chiens utilisés à des buts de défense par des contrebandiers qui franchissaient tous les jours les Pyrénées.
Il me semble important de souligner, à ce sujet, que le comté de Foix, à la même période où Gaston Phébus écrivit son traité, fut annexé. au duché de Navarre, qui s'étendait bien .au-delà des Pyrénées, dans l'actuel territoire espagnol, et qui confinait avec l'ancienne Castillle, dont Burgos était la .capitale. C'est dans cette ville qu'on attribua la célèbre médaille de bronze qu'Edgar Farman ite dans sa monographie sur le Bulldog anglais. Cette médaille, achetée à Paris par un brocanteur qui fréquentait la marché aux puces , représente la tête d'un molosse aux oreilles amputées, selon la coutume de l'époque , et porte l'inscription suivante ;: <Dogue de Burgos -Espana -anno 1625>. L'artiste s'appelle Cazalla. La médaille fut achetée et revendue plusieurs fois et finit dans les mains du cynophile d'Anvers John Proctor qui la fit analyser par des experts, qui confirmèrent son authenticité.
Ce type de chien existait donc en Espagne en 1625, et nous savons que la ville de Burgos était connue pour l'élevage du bétail et les combats des taureaux dans les arènes. Certains.personnages anglais, dont George R. Krehl, l'éditeur du Stock Keeper, expert passionné de molosses, estimait que la patrie du Bull-dog anglais était l'Espagne et non l'Angleterre. Son avis était partagé par Bill George, qui en 1840 importa d'Espagne en Angleterre un molosse appelé .Bigheaded Billy (<Billy grosse tête>) au poil tigré ; par Marquandt qui, en 1848, importa lui aussi d'Espagne les chiens Bonhomme et Lisbon, également tigrés ; et par Frank Adcock , qui en 1873 importa le célèbre chien -taureau., fauve et tigré, ainsi que le chien Alfonso, roux à masque noir tacheté de blanc... Ces chiens pesaient environ 50 kg et possédaient les caractèristiques des Bulldogs actuels...
Ces molosses étaient-ils originaires d'Espagne, ou provenaient-ils du noyau importé d'Angleterre au XVIe siècle ? Nous savons qu'en 1556 un grand nombre de Bulldogs ou alaunt fut importé de l'Angleterre en Espagne et dans l'île de Cuba par volonté de Philippe II le Prudent , fils de Charles V et d'Isabelle du Portugal.
Philippe II, qui en 1554 avait épousé en secondes noces Marie Tudor, reine d'Angleterre, et qui était devenu roi d'Espagne en 1556, avait voulu introduire dans les arènes espagnoles les chiens qui l'avaient tant impressionné dans la terre d'Albion.
.En décrivant, dans son Cours de zootechnie (Toulouse 1937-1938), le Bulldog espagnol, M. Pons affirme qu'il est plus trapu que notre Dogue, avec la tête ronde et grosse, et qu'il présente un sillon au centre d'un front très ridé ; il a le museau court et large avec le nez noir, écrasé et relevé, et il possède des masséters énormes et des dents irrégulières. Son oreille est souvent coupée, attachée haut, petite et à moitié repliée, les membres sont écartés. Il a le poil court et dur, presque toujours blanc et noir, rarement fauve ou tigré. Il mesure entre 60 et 65 cm et pèse environ 50 kg.
On peut donc imaginer, d'après cette description, à quoi ressemblaient les molosses qui se trouvaient dans la région des Pyrénées ou dans le territoire aquitain.
Gilbert Triquet, dans sa belle thèse de médecine vétérinaire de 1943 dur le Dogue de Bordeaux, nous dit que, autrefois, les Espagnols venaient chercher les Dogues dans la région de Bordeaux, pour ensuite les utiliser dans leurs corridas afin d'inciter les taureaux qui se montraient indolents et récalcitrants aux piqûres des <picadors> et des <banderilleros>. On appelait ces chiens perros de presa ( chiens de combat), mais le peuple les appelait les mâtins espagnols. Un cynologue italien, Angelo Vecchio, dans son livre I Cani (les chiens), publié en
1904, nous offre un témoignage de cette .coutume : <Lors de mes différents voyages en Espagne, j'eus l'occasion d'assister aux corridas de toros : dans la plupart d'entre elles ce n'étaient .pas des toréadors qui combattaient avec les taureaux , mais des chiens. A une sonnerie de trompette s'ouvrait une porte de fer et le taureau, haletant et préalablement excité, apparaissait soudainement dans l'arène et, le cou courbé, l'œil torve, le pied trépignant d'impatience, il attendait l'ennemi en mugissant.
A une deuxième .sonnerie, une autre porte grinçait et une meute de mâtins se précipitait contre le taureau. Ma plume tremble en décrivant l'horrible spectacle qui, pendant des heures, exaltait le public qui hurlait. Le taureau, attaqué de toutes parts, déchiré de mille façons, se défendait de son. .mieux, faisant aussi beaucoup de victimes dans la meute ; mais à la fin, sans cesse harcelé, lacéré, sanglant, affaibli.il tombait inanimé . Les chiens avaient remplacé les toreros ….>
Nous trouvons aussi des témoignages de sa présence en France, au XVIIe siècle, dans certaines fables de la Fontaine, où l'on cite un chien utilisé par les bergers pour défendre le bétail des loups.
A ces chiens, on amputait les oreilles gros vaisseaux veineux et artériels ainsi que la trachée, .représentent une cible mortelle.
En 1700, Buffon et un autre naturaliste français, Daubenton, ont fait une description précise de ce chien. Une peinture réalisée par le premier auteur nous montre un chien très ressemblant à celui d'aujourd'hui. Dans la description du deuxième, on trouve déjà le masque noir du museau.


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