Ce mois ci, ALERTE AUX PUCES
Les puces sont responsables directement ou indirectement de troubles variés et sont à l'origine de consultations très fréquentes, surtout au printemps et en été.


I/ La biologie de la puce :

Chaque espèce animale possède " sa " puce : celle du chien est nommée Ctenocephalides canis, celle du chat Ctenocephalides felis et celle de l'homme Pulex irritans. Il existe normalement une barrière d'espèce, c'est-à-dire que le maître est rarement piqué par celles de son chien, même si le phénomène psychologique amène souvent un propriétaire de chien hébergeant des puces à ressentir lui aussi des démangeaisons. Pourtant le chien est bien une exception qui confirme la règle car depuis plusieurs années, on s'aperçoit que le chien est très souvent porteur de la puce du chat.

La puce est insecte rouge-brun clair, dépourvu d'ailes et qui mesure environ 3 mm de longueur. Son corps très aplati latéralement lui permet de se faufiler à merveille dans le pelage du chien et ses trois paires de pattes, adaptées au saut, lui permettent de sauter jusqu'à 30 fois sa longueur.

C'est un parasite hématophage dans les deux sexes, c'est-à-dire qu'à la fois le mâle et la femelle piquent et se nourrissent du sang de leur hôte. Elle possède des pièces buccales (ce sont les excroissances que l'on voit sous sa tête et qui forment sa bouche) très puissantes, qui lui permettent de mordre et d'atteindre les fins vaisseaux sanguins qui se trouvent sous la mince couche cutanée.
Contrairement aux idées reçues, la puce n'est pas un parasite permanent : seul l'adulte est observable sur l'animal ; en effet, l'œuf, la larve et la nymphe restent toujours et uniquement dans le milieu extérieur, comme dans le panier, le canapé, le lit, entre les plinthes et les lames de parquet. Une puce femelle peut pondre jusqu'à 25 œufs par jour en moyenne et il faut entre 20 et 200 jours pour que naisse l'insecte, selon les conditions environnementales. Les puces adultes peuvent vivre de un mois à un an. Il est également intéressant de savoir que le stade adulte ne représente que 10 % de la population totale : c'est la partie immergée de l'iceberg ! Ainsi la mise en évidence d'une puce n'est pas chose évidente et si l'on en voit une, la population cachée est déjà très importante !

II/ Comment le chien se contamine-t-il ?

Il suffit que votre chien ou vous (surtout vos semelles de chaussures) en ramène une à la maison, pour que l'infestation soit très rapide, vu ce que l'on a vu dans le paragraphe précédent. C'est pendant les promenades ou au contact d'autres chiens que le chien se contamine : en période favorable, les puces investissent tous les endroits sombres comme les buissons, les tas de bois, les cabanes à outils…

III/ Comment savoir si mon chien a des puces ?

Trouver une puce adulte sur un animal peut se révéler très difficile et les signes cliniques peuvent être très discrets. Pourtant si votre chien sursaute brusquement ets e mordille rageusement l'arrière-train, il est certainement porteur. Un signe évident est la présence de crottes de puces, qui sont semblables à de petits grains noirs, durs, que l'on trouve sur la base des poils. Pour savoir si ce sont réellement des crottes, il suffit de les déposer, après avoir brossé son chien, sur un morceau d'essuie-tout préalablement humidifié : si les crottes tâchent le papier en rouge, on peut être sûr que ce sont des déjections de puce car celles-ci sont constituées de sang digéré.
On peut également voir une multitude de petits points rouges sur la peau et qui correspondent aux piqûres récentes. Les localisations privilégiées de ces rougeurs et boutons sont sous le ventre, derrière les cuisses, sur la croupe et à la base de la queue.

IV/ Quels sont les risques pour le chien ?

Les premiers soucis sont d'ordre dermatologique et cela suite aux piqûres. En effet, des bactéries et d'autres germes peuvent pénétrer aux endroits des piqûres et engendrer une dermatite purulente. Cette dermatite est caractérisée par des papules, c'est-à-dire des petits boutons de couleur jaune et remplis de pus), ainsi que par des lésions secondaires (croûtes, ulcères) dues au grattage car le phénomène est très irritant. Cette irritation est due au fait que la piqûre est associée à l'inoculation dans le derme de protéines anticoagulantes, antalgiques et antigéniques. Ces dernières peuvent entraîner une forme d'eczéma que l'on appelle DAPP (dermatite allergique aux piqûres de puces). Il s'agit d'une hypersensibilité aux protéines contenues dans la salive de la puce. Cette allergie est assez courante chez nos compagnons et elle peut être mise en évidence par des tests de sensibilité intra-dermique, tout comme ceux pratiqués chez l'homme. Il faudra, dans ce cas, traiter préventivement le chien été comme hiver.
Un autre problème caché est le fait que les puces sont elles-mêmes porteuses d'œufs d'un ténia appelé Dipylidium, et qui appartient à la même famille que le ver solitaire de l'homme. Le chien se contamine en avalant une puce, lorsqu'il se mordille pour se soulager des démangeaisons. Ce ténia peut entraîner des troubles digestifs et on retrouve des anneaux du parasite au niveau de l'anus du chien. Ces anneaux ressemblent à des grains de riz, ce ne sont pas des oxyures, car ceux-ci n'existent pas chez le chien. Cette hypothèse est très importante à considérer car ce ténia peut se développer chez l'enfant. Il est donc très important de surveiller et de vermifuger régulièrement les animaux du foyer, chien et chat.

V/ Comment débarrasser le chien de ses puces ?

Il faut débarrasser l'animal de toutes ses puces, quelque soit le stade de développement., et cela le plus rapidement possible, par simple contact avant qu'elles ne puissent se nourrir et donc piquer l'animal. Il faut traiter tous les animaux de la maison, chien et chat. De plus, l'animal doit être protégé le plus longtemps possible.

Il existe un grand nombre de produits et sous différentes formes, mais seul un petit nombre est réellement efficace :

- Les shampoings et les pommades sont à éviter : quand on rince le shampoing, la majeure partie du produit part avec l'eau de rinçage et pour la pommade, il faudrait tondre l'animal entièrement ou l'enduire totalement pour que le produit soit vraiment au contact de la peau et donc efficace.
- Les poudres nécessitent de renouveler très souvent l'opération car elles glissent sur les poils et atteignent mal la peau.
- Les colliers ne sont pas l'idéal car il y a d'énormes variations individuelles et car ils agissent surtout au niveau de l'avant-main, alors que les puces sont surtout à l'arrière de l'animal. De plus, les autres animaux peuvent les lécher et les enfants peuvent mettre leur main à la bouche après l'avoir toucher, et même si la dose toxique est élevée, ce n'est pas l'idéal.
- Les sprays sont efficaces car ils déposent sur la peau un film protecteur, qui intoxique les puces par simple contact. Le produit s'oppose à la piqûre et cela le rend très intéressant pour les animaux allergiques. L'activité dure environ un mois et résiste bien à l'eau. Mais il peut être difficile à appliquer sur des animaux peureux, difficiles ou sur des animaux à poils longs.
- Les pipettes ou spot-on : il suffit de déposer le contenu de la pipette en un ou deux endroits du dos de l'animal (selon la taille du chien), derrière le cou et sur la croupe. Le produit diffuse sur l'ensemble de la peau du corps en une journée environ. Cela est donc plus facile d'application que les sprays et tout aussi efficace.
- Les produits en comprimés ne sont disponibles que chez les vétérinaires. Ils sont faciles d'utilisation (un comprimé par mois) mais ne luttent pas contre les piqûres car il faut que la puce pique pour être intoxiquée. Cela n'est donc pas utilisables chez les animaux allergiques.


Il faut donc agir vite en cas d'infestation et surtout agir préventivement, et cela au moins du mois d'avril jusqu'au mois de décembre. Il est également très important de ne pas oublier de traiter l'environnement, où vivent 90 % de la population. Pour cela, il existe des bombes-fumigateurs qui diffusent l'antiparasitaire dans la pièce entière, surtout si elles comportent du parquet ou de la moquette.



Anne JEANJEAN
,
vétérinaire.