Par J.P.Beck
auteur de l'ouvrage le Mâtin de Naples, Editions de Freneuse).


L'homme depuis toujours étant un loup pour l'homme, il était prévisible qu'il exploite le chien, son mordant et sa jalousie pour en faire une machine qui serve ses instincts de cruauté et de … cupidité ! Les sumériens, au quatrième millénaire, élevaient et utilisaient de puissants et sanguinaires molosses contre les fauves, panthères et lions. Les Egyptiens employèrent ces mêmes chiens pour forcer les fauves lors des grandes chasses organisées pour le plaisir des Pharaons.


L'homosapiens a rapidement su profiter des qualités des canidés sauvages qu'il tolérait autour de ses campements ou à l'entrée de ses grottes. Ces animaux tout d'abord sauvages n'avaient aucun droit, aucun soin ni même quelques égards. Leur présence parfois dérangeante était souvent très .utile pour prévenir, par leurs aboiements furieux, l'approche d'un prédateur, homme ou animal ; la tribu était ainsi prête à riposter. Ces chiens n'étaient pas non plus nourris régulièrement, mais devaient eux-mêmes être à l'affût des déchets que l'homme préhistorique jetait plutôt pour s'en débarrasser que dans l'intention de les nourrir. Les premiers hommes ont rapidement constaté le naturel ardent et l'agressivité de ces chiens employés lors des rixes fréquentes pour se disputer les reliefs des repas.


Les Tosas sous la coupe des Yakusas

Au pays du Soleil Levant, les luttes canines sont une vieille tradition. Les tosas de combat, après avoir été pendant deux cents ans entre les mains des samouraïs, sont aujourd'hui sous la coupe des yakusas. Il faut savoir que les tosas utilisés pour les combats sont élevés dans les montagnes japonaises. Ne possédant pas de pedigree, ils n'ont aucune identité légale et n'existent pas aux yeux du Japan kennel club. En revanche, les tosas de qualité, peu nombreux, triés sur le volet, considérés comme trésor national par les autorités nippones, possèdent un pedigree et concourent normalement en expositions canines. Dans les années 1993-1994, un mystérieux Asiatique que nous nommerons monsieur X., venu de Hong-Kong, parcourait l'Italie et visitait les élevages de mâtins napolitains , achetant à prix d'or un maximum de sujets. Son choix s'effectuait selon les critères suivants : sujets mâles exclusivement, âgés de deux ans environ. Les sommes offertes étaient disproportionnées par rapport à la valeur intrinsèque des chiens. Certains mastinari- les éleveurs de mâtins napolitains-cédèrent à la tentation et de nombreux sujets changèrent ainsi de mains, peut-être pas les meilleurs, ce n'est que justice ! En fait, ce personnage était mandaté par la redoutable mafia japonaise qui trouvait là un moyen facile de blanchiment d'argent. Les yakusas trouvaient ainsi un nouveau "matériel" destiné aux combats clandestins ? J'ai été, comme la plupart des éleveurs français, contacté par ce trafiquant qui n'a fort heureusement rien obtenu chez nous !


Des tueurs dans les jeux du cirque

Plus tard, les Romains se servirent largement des molosses ramenés de leurs expéditions. Ils surent utiliser au maximum leur agressivité et leur force pour en faire des tueurs lors des jeux du cirque. Lâchés contre les prisonniers, gladiateurs, esclaves et chrétiens sans défense, ils firent les délices de la plèbe romaine en luttant aussi entre eux ou contre des ours, des taureaux et des fauves : et comble de l'ignominie, en les lançant .sur des jeunes enfants cousus dans des peaux de bêtes.
Après l'effondrement de l'empire romain en 476, ce genre de sinistre divertissements tomba fort heureusement en désuétude. Au moyen-âge , c'est la passion pour la chasse qui l'emporta, avec comme corollaire la création de nombreuses races, chiens courants pour forcer le gros gibier, chiens d'arrêt, etc. Les chiens de combat étaient toujours utilisés, mais au sein des corps d'armées. Toutefois, les hommes cherchaient des palliatifs entre les périodes de guerres. C'est ainsi qu'en Angleterre, entre le XIIIe et la XIXe siècle, fut créé spécialement le bulldog destiné à lutter contre les blaireaux, mais aussi les taureaux. Un journal local mentionne au XIIIe siècle un combat entre des bulls et un taureau organisé par les bouchers de la ville de Standford. Cette première confrontation connut un franc succès. Les chiens furent à la hauteur et vinrent à bout de l'animal. Le seigneur de Standford offrit aux bouchers un terrain à la condition qu'ils organisent un combat identique chaque année, à la période des fêtes de Noël.
En 1835, le parlement anglais prononça l'interdiction de pratiquer le bull-baiting, combat de chiens contre un taureau, et le bear-baiting, combat contre un ours, courants depuis le moyen-âge. Les combats entre chiens ne furent pas interdits pour autant et les parieurs anglais purent jouer en toute quiétude quelques années encore. Ce sont les Hollandais qui, les premiers, interdirent les combats de chiens en 1689.


Lamartine, Chateaubriand, Musset…
des afficionados

A Paris avaient lieu à la Barrière du Combat, rue de la Grange aux Belles, des combats de chiens forts prisés des parieurs parisiens. Lamartine, Chateaubriand et Musset n'étaient pas les derniers à apprécier ces ignobles divertissements. Fort heureusement, en 1834, les combats de chiens furent interdits en France… l'Angleterre suivra l'année suivante.
Aujourd'hui, les combats de chiens sont "théoriquement" prohibés dans le monde, mais continuent à se pratiquer en France dans les banlieues sensibles des grandes villes où pitbulls et autres moloissoïdes sont entraînés clandestinement à se battre. En Italie, il en est de même, et dans le sud du pays, dans des fermes isolées, des combats, sont organisés avec certainement l'approbation et le soutien de la Camora napolitaine, très présente dans cette région.
Aux Etats-Unis, bravant l'interdiction du gouvernement, des affrontements entre chiens se déroulent dans des ranchs éloignés, et des paris importants sont engagés sous l'œil quelquefois complice du shérif local. Les chiens utilisés sont en majorité des pitbulls dressés à tuer. La lutte féroce et sans merci se termine souvent par la mort du vaincu. Le survivant, dont on recoud les déchirures, pourra peut-être, s'il survit, "re-servir" une fois guéri. Telle est la dure et implacable loi des combats canins. Il y a là une certaine similitude avec la vie et la mort des gladiateurs de la Rome antique.
Les combats de chiens se pratiquent aussi dans d'autres contrées, aux Dom-Tom par exemple, mais aussi en Amérique Latine et dans certains pays d'Extrême -Orient. Les combats de chiens génèrent beaucoup d'argent, ce qui hélas laisse penser qu'ils ont encore de beaux jours devant aux. Cave Homini : attention à l'homme !